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Faisons-nous l’école sans Françoise Dolto, ni Fernand Oury, à présent ?

Il ne s’agit pas de se demander ce qu’ils auraient dit ou fait en telles circonstances précises de la vie pédagogique neuvilloise, ni même ce qu’on leur aurait demandé si on avait pu lorsque nous sommes hésitants sur la marche à suivre dans une situation donnée.

Les ayant pratiqués si longtemps, nous avons repris à notre compte, naturellement, une infinité d’éléments de leur façon de voir les questions éducatives, nous les avons faites nôtres et nous nous y référons comme à d’autres éléments constitutifs de la pédagogie neuvilloise. Peu importe dès lors à qui nous les devons, tel enfant, tel adulte, chacun de nous, ils sont à présent fondus dans un ensemble d’outils, dans une théorisation qui est à notre disposition quotidiennement, la Neuville est riche de tous ces apports.

- Vous faites partie du petit nombre de ceux qui entendent sa voix, nous a dit Catherine Dolto, un jour que nous cherchions à retrouver, sans trop de difficulté d’ailleurs, les mots exacts d’une phrase prononcée il y a plus de dix ans, pourtant, par Françoise.

Pensée inimitable que la sienne, justement parce qu’unique, et donc facile à retrouver, aisément reconnaissable, et simple bien qu’en même temps complexe. Ce n’est pas différent en ce qui concerne Fernand Oury et sa façon exigeante d’envisager la classe, la seule qui permette aux enfants de s’organiser, de se critiquer et de penser par eux-mêmes. Son héritage tant en ce qui concerne la classe que l’école est d’autant plus difficile à oublier qu’il est fait de techniques simples et utilisables partout, de phrases courtes, fortes et sensées.

Nous avons gardé le souvenir d’une conversation concernant ce qu’il appelait la loi, il ne disait jamais les lois. C’était à nos débuts et il nous semblait alors que l’on pouvait fermer les yeux devant une légère entorse à la règle commise par un enfant qui avait bien compris les principes de l’école, li était naturellement de l’avis contraire.

Il se pencha et tira un trait par terre avec sa chaussure.

- De ce côté-ci, dit-il, on est à l’intérieur de la loi.

Puis, avec sa chaussure, il dépassa la ligne. Si on laisse dépasser, même un peu, quand et à quel titre va-t-on intervenir ensuite ?

La démonstration était déjà convaincante, il laissa tomber la phrase suivante, si caractéristique de son style, rappelant à quel point on est toujours et avant tout un éducateur quand on intervient à propos de la loi.
- Au-delà de la ligne, plus rien ne vient s’interposer.., et là, dit-il en montrant le sol, un peu plus loin, c’est la mort.

Cette ligne, un peu plus tard, nous la retrouvions sur le sol de la Maison Verte pour limiter certains déplacements Dolto, Oury, même combat...

Comme dans les contes de fée, une marraine et un parrain s’étaient penchés sur le berceau de la nouvelle née, une école.

Question de chance ? Sauf que le hasard n’a rien à voir là-dedans… Ils ont occupé cette place parce que nous les avions choisis et interpellés.

Ils ne sont jamais venus à la Neuville le même jour et il n’y a aucune photo d’eux deux ensemble. Seule une plaque sur la façade de l’école de la Neuville les réunit.

Fabienne d’Ortoli & Michel Amram
(Extraits de Dix ans après », Editions ESF)

Pour en savoir plus :
Les Archives Françoise Dolto